Développer une Agro-industrie consciente du climat

Développer une Agro-industrie consciente du climat, profitant du commerce et assurant la sécurité alimentaire

Jeudi le 23 mars 2017

Dans le cadre du projet « Promoting Agriculture, Climate and Trade linkages in East African Community » Phase II (PACT-EAC2), une réunion du Groupe National de Référence (GNR) a eu lieu à l’hôtel Sun Safari Club à Bujumbura. Cette 3ème édition s’articulait autour du thème suivant : « Plaidoyer pour une Agro-industrie consciente du climat, profitant du commerce et assurant la sécurité alimentaire ».   La réunion était organisée par Action Développement et Intégration Régionale (ADIR) et CUTS International basée à Genève. Elle était rehaussée par la présence de l’Assistant du Ministre du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme, M. Aimable NKUNZUMWAMI, des Honorables représentant le Parlement, des Directeurs et Conseillers dans les Ministères ayant le Commerce et l’Environnement dans leurs attributions, des Experts dans l’agro-industrie ainsi que par la présence de M. Julien GROLLIER représentant de CUTS International. L’importance et la pertinence du thème du jour se justifient du fait que l’agro-industrie au Burundi est encore à une étape embryonnaire (17.5% du PIB en 2015) alors que le développement de celle-ci a été désigné comme une priorité régionale clé en Afrique de l’Est.

FamillyPhoto de famille des participants lors de la sortie officielle du livre sur l’Agro-industrie au Burundi

 Travaux de recherche sur l’agro-industrie

Cette réunion était également l’occasion de présenter officiellement le résultat d’un travail de recherche sur le même thème et condensé dans l’ouvrage intitulé : « Développer l’Agro-industrie, Aspects Climatiques et Commerciaux Vers la Sécurité Alimentaire ». C’est une étude sur l’agro-industrie au Burundi, éloquemment documentée et préparée par l’éminent Professeur Séverin SINDAYIKENGERA, Directeur du Centre National de Technologie alimentaire avec la coordination et supervision de ADIR et CUTS International. L’ouvrage revient sur les principaux produits burundais transformés ainsi que les contraintes y relatifs, le cadre institutionnel, les impacts du climat sur l’agro-industrie, le commerce international, les filières à haut potentiel ainsi que des synergies cohérentes nécessaires dans les politiques agro-industrielles. Autrement dit, à l’heure où le Burundi prévoit d’adopter une politique nationale d’industrialisation, l’étude offre des pistes de réflexion et expose comment le développement de l’agro-industrie au Burundi, le commerce et les objectifs de sécurité alimentaire qui en découlent peuvent être conscientes des changements climatiques. Les discussions de la journée tournaient autour de trois axes notamment le plaidoyer, les négociations multilatérales et quelques actions/réflexions modèles posées par les membres du GNR.

Le plaidoyer

Cette session était animée par le Professeur Séverin SINDAYIKENGERA et M. René NSABIMANA de l’IDEC. Elle consistait à planifier une campagne de plaidoyer portant sur l’amélioration des politiques agro-industrielles au Burundi en s’appuyant surtout sur les résultats du travail de recherche annoncé ci-dessus. Autrement dit, il était question d’identifier les politiques cibles, de définir les changements de politiques à impulser dans la Politique Nationale d’Industrialisation (PNI). Il s’agissait aussi de cerner et impliquer les véritables décideurs politiques capables de peser dans l’application effective de ces politiques. Enfin, il était question de formuler le plaidoyer en incluant les parties prenantes à consulter et en se fixant le rôle de chacun parmi les membres du GNR ainsi que les échéances par rapport aux actions futures à mener.

AGRODe G à D : M. Julien GROLLIER représentant de CUTS International Genève, M. Godefroid MANIRANKUNDA, Directeur de l’ADIR, Honorable Pierre Célestin NDIKUMANA, Vice-Président de la Commission Parlementaire des Comptes Publics et des Finances, des Affaires Economiques et de la Planification.

 Les négociations multilatérales

La session était présidée par Mme Antoinette MACUMI du Fonds pour l’Environnement Mondial et animée par M. Philippe MINANI, Conseiller à la Mission Permanente du Burundi auprès de l’ONU et les Organisations Internationales à Genève et Mme Bonose NIYONZIMA de l’Institut Géographique du Burundi, IGEBU.

C’était l’occasion de revenir sur la situation du commerce international et les changements climatiques qui jouent un rôle important sur la production et la transformation agro-alimentaire ainsi que la sécurité alimentaire. En effet, les négociations commerciales au sein de l’OMC suivent de plus près les négociations sur le climat car ces dernières ont inévitablement des effets sur le commerce au niveaux national, régional et international. Après les ratifications en masse lors de l'accord universel sur le climat de Paris, COP21, il était nécessaire que les négociateurs de l’OMC se préoccupent, lors du COP 22, de discussions sur la mise en œuvre effective des promesses de Paris.  Les participants du GNR ont donc été informé sur l’état d’avancement des négociations à l’Organisation Mondiale du Commerce à Genève ainsi que lors de la Conférence sur les changements climatiques de Marrakech en 2016, COP22, qui tablait sur la mobilisation des financements. Il avait été convenu que 2017 soit l’année des projets de grande envergure, de la mobilisation et l’accès aux services de financements. Il avait été aussi question de rappeler l'engagement des pays riches de mobiliser 100 milliards de dollars d'ici 2020 pour soutenir les projets d'atténuation et d'adaptation aux effets du changement climatique.

AGRODe G à D: Mme Bonose NIYONZIMA de l’IGEBU, Mme Antoinette MACUMI, Point focal du  Fonds pour l’Environnement Mondial et M. Philippe MINANI, Conseiller à la Mission Permanente du Burundi auprès des Nations Unies et autres Organisations Internationales à Genève

Les actions modèles internes au GNR

Cette session présentait les réflexions de certains membres du GNR qui les ont amenés à développer des idées assez pertinentes sur la gestion au quotidien des questions se rapportant aux changements climatiques et leur impact sur l’agro-industrie et le commerce.

Ainsi par exemple, Mme Anitha NSHIMIRIMANA, Conseillère à la Direction Générale de l’Industrie et membre du GNR a mis sur pied un groupe de réflexion au sein des cadres du ministère afin de servir comme modèle et échanger régulièrement avec ADIR et les autres membres du GNR. Pour elle, parvenir à l’atténuation des effets du changement climatique passe par des campagnes et séminaires de formation à l’intention de tous les acteurs du secteur agro-industrie ainsi que les descentes sur terrain pour évaluer l’impact de la formation et assurer l’assistance technique. Mme NSHIMIRIMANA a également développé deux projets portant sur (1) la promotion de la sécurité alimentaire et la préservation de l’environnement et (2) le projet pour la promotion des unités de transformation agro-alimentaire du Burundi (2016-2018).

Un autre exemple est celui du trio formé de trois membres du GNR, Mme Cynthia MANIRAMBONA, M. Bruce MANIRAKUNDA et M. Jean Jacques NDAYISENGA. Ceux-ci partent du constat que la grande majorité des produits agro-alimentaire transformés localement se heurtent au problème d’emballage ne respectant pas les normes phytosanitaires et ne permettant pas au produit d’être compétitif sur le marché local ou international. Ils déplorent le déficit criant au Burundi lié au manque de technologie dans la production et gestion de l’emballage. Egalement, ils se préoccupent des aspects non biodégradables et environnementaux de ces emballages.

AGRODe G à D : M. Jean Jacques NDAYISENGA, Mme Cynthia MANIRAMBONA et M. Bruce MANIRANKUNDA, membres du GNR et pionniers du plaidoyer de l’emballage de qualité au Burundi

 L’agro-industrie et les investissements

L’Agence de Promotion des Investissements (API) y était représentée par M. Esaie NTIDENDEREZA, Chef de Service Promotion des Investissements. Dans son intervention, il est revenu sur la nécessité de cibler les politiques qui interviennent directement dans la transformation et la conservation des produits afin d’alimenter le marché local mais aussi l’exportation. Il a également souligné l’importance d’attirer les investisseurs dans le secteur de l’agro-industrie à travers une ordonnance par l’autorité compétente qui viserait à faciliter et accorder des exonérations spécifiques auxdits investisseurs. En effet, selon les recommandations de l’étude sur l’agro-industrie, l’API devrait promouvoir efficacement les secteurs public et privé aux différentes étapes de la chaîne de valeur notamment en attirant les investissements dans les intrants, la production, la transformation et la commercialisation.

En marge des sessions de la journée, certains membres du GNR exploitant des unités de transformation ont exposé et présenté aux participants leurs produits. Il s’agit notamment de l’Asbl AGAKURA de Rwesoro en Commune de Makebuko dans la province de Gitega qui produit entre autres des jus et vins de fruits. Cette entreprise est dirigée par le Frère Déogratias BANZIRUMUHITO et possède son Bureau de Coordination dans les enceintes de St Michel à Bujumbura et est joignable au +257 22 24 26 54/77 74 16 63. D’autres unités de transformation ont exposé leurs produits, il s’agit de la « Coopérative de Transformation Iryakigwena COOTI-KARONDA » de Rumonge qui produit l’huile de palme et qui valorise tous les sous-produits d’huilerie. Contacts : Cyriaque SIBOMANA +257 69 96 45 48; il s’agit aussi de « Safina Industrie Company » Contacts : Claude NIMBESHAHO +257 79 68 14 82 ou 257 69 14 50 30 qui transforme une boisson chaude à base du haricot et d’autres farines composées pour les pâtes et les bouillis. 

Note : L’ONG Consumer Unity & Trust Society, connu aussi sous CUTS International, a assuré le financement des travaux de la réunion du GNR. Elle est une voix des ONGs du Sud pro-commerce, pro-équité active dans les milieux de l’élaboration des politiques sur le commerce, le développement et d’autres questions connexes à Genève. Elle vise à contribuer à la réalisation du développement et à réduire la pauvreté à travers le commerce dans ses dimensions économiques, environnementales, sociales et politiques.